vendredi 2 décembre 2016

Vanitas vanitatum homo


L’homme est dans l’erreur lorsqu’il se croit indispensable, lorsqu’il se considère comme l’éternel faiseur de miracles, comme celui qui maîtrise la destinée de populations entières, lorsqu’il se voit l’exception, l’élu, quelque chose d’incomparable, le grand réformateur, celui grâce à qui tout va changer, l’unique, le sauveur suprême ; celui qui nomme son histoire personnelle, l’histoire universelle. Vanitas vanitatum homo.
La décision jeudi dernier de François Hollande de renoncer à renouveler son mandat présidentiel, est probablement la plus grande des décisions que cet homme n’ait jamais prise.
Même si le président Hollande ne pouvait guère faire autrement, car sans soutien dans son propre camp, et surtout sans celui des Français sondés et resondés qui ne veulent plus voir cet homme à la tête du pays, tenir les manettes de nos destinées.
Rarement un homme a été aussi impopulaire.
Le Président était littéralement dans une impasse : il ne pouvait plus rien faire, chaque décision pouvait se transformer en catastrophe.

Réduit à l’impuissance, il ne pouvait aussi plus rien promettre.

L’élection est basée sur une promesse le plus souvent non tenue. Comment était-il possible qu’un homme, qui ne pouvait plus rien promettre, puisse à nouveau se présenter au suffrage des Français ? Pourquoi un nouveau mandat ? Pour quoi faire et avec qui ?
Il ne pouvait plus rien promettre, car aucune de ses promesses précédentes n’avait été tenue. Mais est-ce le sort des promesses électorales ne pas être tenues ? Le sort des hommes politiques n’est-il pas de trahir ?
Mais même pour ceux qui n’avaient pas attendu grand-chose de l’élection de Hollande en 2012, il y a eu une grande déception. Hollande faisait le plus souvent l’inverse de ce pour quoi il avait été élu.

Jeudi soir, tout le monde a jugé le président digne, ému, humain. Pour une fois il est devenu ce qu’il nous avait promis il y a cinq ans : être un homme normal.
Nous l’avons écouté avec un peu de pitié : celle qui nous dit qu’on ne tire pas sur un homme blessé.
Il n’y aura pas d’hallali pour Hollande, et c’est tant mieux. Au moins il aura évité cette indignité.

Alors dès jeudi, l’espoir d’autre chose est revenu dans les esprits de beaucoup. Une page est tournée, et soudain pour un grand nombre l’horizon s’est dégagé.

Méfions-nous maintenant des discours, des promesses, des sauveurs suprêmes. Les promesses au cours des semaines à venir, nous allons en entendre quotidiennement !
Le système démocratique fondé sur l’élection de nos représentants remplit une fonction essentielle : celle de nous demander de démissionner de nos propres responsabilités et de notre souveraineté, et de nous en remettre à un homme providentiel le temps d’un mandat sans contrôle démocratique et sans obligation de faire ce qui a été promis.
Aujourd’hui la démocratie telle qu’elle est mise en œuvre est une démocratie de basse intensité.
L’élection du Président de la République au suffrage universel direct est tout à fait insuffisante pour qu’on puisse dire que nous vivons dans une vraie démocratie.

Ensemble, nous devons créer des institutions collectives et associatives permettant de participer aux décisions, de contrôler les élus et de les obliger à réaliser les programmes promis.
Aujourd’hui la démocratie reste encore à inventer.
François Baudin


vendredi 25 novembre 2016

La France en danger ?


Pour beaucoup de journalistes, le débat de jeudi soir dernier entre les deux candidats de la droite et du centre fut d’un haut niveau politique, d’une grande qualité, d’une grande urbanité entre deux hommes d’Etat qui ont occupé les plus hautes fonctions dans un passé récent.
On avait affaire d’après ces médias à une joute homérique où les héros des deux camps représentaient un point de vue honorable, savaient se respecter mutuellement, s’écouter. Et bien entendu ces deux hommes sauront se retrouver ensuite, après la bataille, car ils sont d’accord sur l’essentiel.  Pour l’un comme l’autre, ce n’est qu’une affaire de méthode. L’un plus brutal veut trancher dans le vif, l’autre plus consensuel veut rassembler et convaincre.
Et c’est vrai ces deux hommes sont bien en accord sur l’essentiel. Et sur l’essentiel, il n’y eut aucun débat ce soir là.
Mais comment se nomme cet essentiel, que recouvre-t-il exactement ?
L’essentiel pour eux, c’est de dire que si la France va mal, c’est à cause des salariés du public et du privé qui ne travaillent pas assez et gagnent trop. Il faudra donc y remédier : faire travailler plus pour gagner moins. Précariser le plus possible le contrat de travail, rendre souple et fluide le marché du travail, supprimer le droit des salariés. Ubériser l’économie. Les deux candidats disent qu’avec ces mesures, on retrouvera le plein emploi, la croissance économique. On sait bien que c’est en licenciant, en précarisant, en augmentant la durée du travail en allongeant l’âge de la retraite jusqu'à 70 ans qu’on créé des emplois.
Le nombre de chômeurs actuels nous l’indique : licencier pour créer des emplois est probablement le meilleur slogan que l’on ait jamais trouvé et qui pourrait faire rire Raymond Devos, s’il ne se soldait pas par une plus grande misère dans notre pays.

Pour ces deux hommes, l’essentiel est dire que l’Etat est trop coûteux : les fonctionnaires furent alors ce soir là, la cause de tous nos maux. La différence s’est située sur les chiffres : l’un dit qu’il y a environ 250 000 fonctionnaires en trop, l’autre 500 000, pourquoi pas un million. Où sont ces fonctionnaires ? Dans la police, à l’hôpital, dans l’éducation nationale. Où ? Il faudra le dire.
L’essentiel pour eux c’est aussi la fiscalité trop injuste envers les riches. Supprimer l’impôt sur la fortune, réduire les droits de succession, diminuer les barèmes de l’impôt sur le revenu et augmenter la TVA qui frappe tout le monde et rapporte gros. Chacun sait que c’est en redonnant de l’argent à ceux qui en ont déjà que les plus pauvres s’enrichiront.

Alors la France se trouve-t-elle en danger ?
Oui, une certaine idée de la France a totalement disparu de la pensée politique : celle de la solidarité, de la redistribution, d’une recherche de l’égalité. Celle de l’Etat garant de la justice sociale.
La mise en place des réformes prévues par ces candidats agrandira encore la fracture sociale entre ceux qui ont du travail et ceux qui n’en ont pas, entre ceux qui peuvent se soigner et ceux qui ne peuvent pas, entre ceux qui partent en vacances et ceux qui ne partent jamais, entre ceux qui peuvent aller dans les grandes écoles et ceux qui en sont exclus, etc, etc.

Il s’agit d’une tournant historique où les mots de fraternité, égalité, justice deviennent des gros mots que plus personne n’ose prononcer.
Je conseille simplement à ces deux candidats qui revendiquent le fait d’être catholique, de relire attentivement les textes sur la doctrine sociale de l’Eglise.

François Baudin 

mardi 15 novembre 2016

Dernière publication : Mapuche, et fier de l'être de Claude VAUTRIN



Grand reporter et écrivain, Claude Vautrin a fait de la question Mapuche l’un de ses champs d’investigation. Le véritable déclencheur fut l’année 2008 et les premières longues grèves de la faim des PPM, les Prisonniers Politiques Mapuche. Après plusieurs reportages au Chili, il s’est immergé dans une communauté de Melipeuco, au pied du volcan Llaïma. Dans Mapuche, et fier de l’être, il évoque la vision du monde des Mapuche, le combat d’un peuple pour protéger sa terre, la brutalité de la riposte étatique, et la violence du contexte économique ultralibéral en action dans cette région du monde. Assurément instructif pour l’avenir de la planète.



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Mapuche, et fier de l’être
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jeudi 10 novembre 2016

prendre son destin en main collectivement


Tous les peuples de la planète ont regardé les élections américaines comme si c’étaient leurs élections. Le monde entier a vibré d’émotion devant les résultats affichés mercredi matin 9 novembre : Contre toutes les prévisions des instituts de sondage, contre tous les journaux des Etats-Unis et d’ailleurs qui dominent la scène médiatique : le candidat Donald Trump a été élu en Amérique. Celui qui était traité d’imposteur, menteur, fou dangereux, démagogue est devenu le nouveau président de la première puissance du monde.
Si nous avons suivi cette élection américaine comme si elle était aussi la nôtre, c’est parce qu’il y a là une réalité : oui le président des Etats-Unis est d’une certaine façon le président de l’humanité tout entière. Car c’est le plus souvent aux Etats-Unis que se décide notre avenir. Celui de la guerre ou de la paix. Le destin des nations, de régions entières du monde, se joue dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Le destin de milliards d’individus est fixé à Washington, sans qu’aucun d’entre eux ait le moindre poids sur les décisions.

Mais qui décide exactement de notre destin ?
Obama avait promis de changer la donne politique il y a 8 ans. Il avait été élu pour cela : réduire la grande pauvreté, apporter plus de bien-être au peuple américain, stopper la désindustrialisation en cours, lutter contre la racisme, garantir les soins médicaux pour tous, rendre gratuites les études, contrôler les activités bancaires, sauvegarder l’environnement et lutter contre le réchauffement climatique, etc, etc.
Obama symbolisait cette promesse américaine d’un autre possible, d’une maîtrise de notre destin par une volonté politique affirmée. Il prônait pour le monde la résolution des conflits par la négociation. Par exemple le peuple palestinien a beaucoup espéré en Obama.
On peut penser qu’Obama était honnête quand il promettait plus de justice, plus de solidarité, plus d’égalité. Lorsqu’il parlait d’une mondialisation heureuse et équilibrée.
8 ans après, l’échec d’Obama est patent. Et cet échec a accouché de Trump, un milliardaire aventurier, imposteur et dangereux.
Obama n’a rien pu faire de véritablement nouveau. Il était face à des lobbys d’une puissance extraordinaire, face à des entreprises financières gigantesques, plus puissantes que les Etats, il était face à des oppositions permanentes.
Alors la question légitime est celle-ci : comment se fait-il que l’homme le plus puissant de la planète soit aussi impuissant à résoudre les difficultés ?
Parce que le vrai pouvoir n’est pas là, à la Maison blanche ou à l’Elysée, et le plus souvent un président n’est que le fondé de pouvoir de ces puissances qu’il représente.
Hillary Clinton était la quintessence même de la candidate au service de ces puissances, des élites. Et si d’aventure un homme politique s’amusait à résister face à ces puissances, il comprendrait vite que ses marges de manœuvre sont infimes. Et il nous expliquerait qu’il ne peut rien faire, que les réalités sont là.
Alors que fera Trump ? Que pourra-t-il faire ?
Le repli national qu’il prône, l’érection d’un mur contre la Mexique qui existe déjà en grande partie, le renvoi de millions de travailleurs venus d’Amérique latine, toutes ces propositions démagogiques, seront bien évidement lettres mortes, des promesses de campagne pour un peuple en grande difficulté et qui reporte son malheur sur l’étranger, le bouc émissaire. Le destin politique de Trump sera identique aux autres : une énorme déception du peuple face à l’impuissance d’un homme soi-disant le plus puissant du monde.
On pourra s’en féliciter, les gardes fous institutionnels vont se mettre en place. Et Trump lui-même trahira ses promesses si dangereuses.

Alors la seule question qui vaille en ce lendemain des élections : Comment faire pour que les choses changent réellement ?
Prendre son destin en main collectivement
Tous les peuples de la planète ont regardé les élections américaines comme si c’étaient leurs élections. Le monde entier a vibré d’émotion devant les résultats affichés mercredi matin 9 novembre : Contre toutes les prévisions des instituts de sondage, contre tous les journaux des Etats-Unis et d’ailleurs qui dominent la scène médiatique : le candidat Donald Trump a été élu en Amérique. Celui qui était traité d’imposteur, menteur, fou dangereux, démagogue est devenu le nouveau président de la première puissance du monde.
Si nous avons suivi cette élection américaine comme si elle était aussi la nôtre, c’est parce qu’il y a là une réalité : oui le président des Etats-Unis est d’une certaine façon le président de l’humanité tout entière. Car c’est le plus souvent aux Etats-Unis que se décide notre avenir. Celui de la guerre ou de la paix. Le destin de nations, de régions entières du monde, se joue dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Le destin de milliards d’individus est fixé à Washington, sans qu’aucun d’entre eux ait le moindre poids sur les décisions.

Mais qui décide exactement de notre destin ?
Obama avait promis de changer la donne politique il y a 8 ans. Il avait été élu pour cela : réduire la grande pauvreté, apporter plus de bien-être au peuple américain, stopper la désindustrialisation en cours, lutter contre la racisme, garantir les soins médicaux pour tous, rendre gratuites les études, contrôler les activités bancaires, sauvegarder l’environnement et lutter contre le réchauffement climatique, etc, etc.
Obama symbolisait cette promesse américaine d’un autre possible, d’une maîtrise de notre destin par une volonté politique affirmée. Il prônait pour le monde la résolution des conflits par la négociation. Par exemple le peuple palestinien a beaucoup espéré en Obama.
On peut penser qu’Obama était honnête quand il promettait plus de justice, plus de solidarité, plus d’égalité. Lorsqu’il parlait d’une mondialisation heureuse et équilibrée.
8 ans après, l’échec d’Obama est patent. Et cet échec a accouché de Trump, un milliardaire aventurier, imposteur et dangereux.
Obama n’a rien pu faire de véritablement nouveau. Il était face à des lobbys d’une puissance extraordinaire, face à des entreprises financières gigantesques, plus puissantes que les Etats, il était face à des oppositions permanentes.
Alors la question légitime est celle-ci : comment se fait-il que l’homme le plus puissant de la planète soit aussi impuissant à résoudre nos difficultés.
Parce que le vrai pouvoir n’est pas là, à la Maison blanche ou à l’Elysée, et le plus souvent un président n’est que le fondé de pouvoir de ces puissances qu’il représente.
Hillary Clinton était la quintessence même de la candidate au service de ces puissances, des élites. Et si d’aventure un homme politique s’amusait à résister face à ces puissances, il comprendrait vite que ses marges de manœuvre sont infimes. Et il nous expliquerai qu’il ne peut rien faire, que les réalités sont là.
Alors que fera Trump ? Que pourra-t-il faire ?
Le repli national qu’il prône, l’érection d’un mur contre la Mexique qui existe déjà en grande partie, le renvoi de millions de travailleurs venus d’Amérique latine, toutes ces propositions démagogiques, seront bien évidement lettres mortes, des promesses de campagne pour un peuple en grande difficulté et qui reporte son malheur sur l’étranger, le bouc émissaire. Le destin politique de Trump sera identique aux autres : une énorme déception du peuple face à l’impuissance d’un homme soi-disant le plus puissant du monde.
On pourra s’en féliciter, les gardes fous institutionnels vont se mettre en place. Et Trump lui-même trahira ses promesses si dangereuses.
Alors la seule question qui vaille en ce lendemain d’élections : Comment faire pour que les choses changent réellement ?

Seule une prise en main collective de notre destin fondé sur une espérance d’un autre monde possible pourra changer réellement les choses. 
François Baudin

vendredi 4 novembre 2016

Le veto abstentionniste



Triste figure que celle de la démocratie aujourd’hui. Les primaires de l’élection présidentielle en France sont ridicules, elles rivalisent en médiocrité avec les élections qui ont lieu actuellement aux Etats-Unis.
Dans l’une comme dans l’autre, les véritables enjeux sont absents :
-  misère de millions de citoyens exclus qui sont en permanence stigmatisés et désignés comme responsables de nos difficultés. Les exclus (chômeurs, salariés pauvres, précaires, immigrés, réfugiés) sont les nouveaux boucs émissaires de nos sociétés. Ceux qui devraient être notre principal souci sont ceux que nous condamnons,
-   inégalités monstrueuses entre les riches de plus en plus riches et méprisants et les pauvres,
-  absence de stratégie de paix dans un monde que les grandes puissances autoproclamées démocraties contribuent à déstabiliser. La vision guerrière du monde distillée par ces puissances a des conséquences terribles.
- absence de la question environnementale dans les débats alors qu’un danger vital guette toute l’humanité devenue la proie de prédateurs animés uniquement par le profit.

Le constat que n’importe qui est en capacité de faire est dramatique. Et rien ni personne individuellement ne peut arrêter cette tragédie vécue comme un spectacle.
Mais nous sommes de plus en plus étranger à ce spectacle. Il ne nous intéresse pas, il ne nous concerne pas, alors que nous en sommes les victimes et les complices rien qu’en le regardant.

Par exemple aux Etats-Unis, le peuple américain a le choix entre un dangereux provocateur milliardaire qui cumule démagogie, insanités, bêtises, apologie de la loi de la jungle, degré zéro de la politique, et une femme, Hillary Clinton, que beaucoup qualifient de corrompue, va-t-en guerre, irresponsable, mais tel un fidèle petit soldat, constamment au service des plus grands de la planète, de ceux justement qu’il faudrait combattre et arrêter.
Trump/Clinton sont les deux faces d’un même système qui broie les individus, ne les écoute pas, les culpabilise et leur fait peur.
La démocratie devient une caricature d’elle-même lorsqu’elle se résume à des élections, quintessences du mensonge et de l’hypocrisie.
Le cirque médiatique est le relais nécessaire pour que cette situation continue.

Alors nous ne nous étonnerons pas que le nombre des abstentionnistes augmente. Le suffrage universel n’a d’universel que le nom. Beaucoup en sont exclus et ne se présentent plus dans les bureaux de vote.
Si le peuple est de plus en plus souvent absent des urnes, c’est parce que au fond il pense que rien ne peut véritablement changer par des élections.
Il y a presque 150 ans, Nietzsche écrivait dans son livre Humain trop humain : « Si à l’occasion des élections deux tiers des électeurs ne se présente pas à l’urne, on peut dire que c’est là un vote contre le système dans son ensemble. »
Les abstentionnistes votent à leur manière. Mais bien sûr leur manière fait qu’on n’en tient jamais compte.
La non participation à un vote est précisément une des contradictions qui renverse tout le système électoral. Il s’agit d’un veto absolu de l’individu qui devrait faire réfléchir.

François Baudin 

vendredi 28 octobre 2016

Où va la démocratie ?


Quelle leçon tirer des dernières péripéties du traité commercial avec la Canada ? La Wallonie province francophone belge a refusé pendant plusieurs jours de signer l’accord CETA qui libéralise les échanges au bénéfice des entreprises multinationales, de la finance et du marché. Poursuivant ainsi la rapide désindustrialisation, la disparition de pans entiers de l’économie, la fin d’une agriculture de proximité, le règne de l’argent roi et des puissances mercantiles.
La mondialisation actuelle fondée sur la concurrence généralisée, la circulation de la marchandise, le combat de tous contre tous, doit être mise en œuvre à tout prix, partout, en tout lieu. Aucun pays ne peut y échapper, aucune marchandise ne sera épargnée. Tout s’achète et tout se vend. Tout est privatisable, l’air, l’eau des sources, les mers et les océans, le ciel et les astres, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice,… Tout doit produire du profit, si on le presse bien.

Comme s’il s’agissait d’un destin inéluctable contre lequel il n’y a rien à faire : la mondialisation contemporaine détruit tout sur son passage, ne tient compte d’aucune réalité humaine, d’aucun besoin vital, d’aucune démocratie comme d’aucun peuple.

On assiste alors à une lente et inexorable descente aux enfers pour les populations touchées par cette folie contemporaine qui ignore la dignité humaine et l’intérêt général. Le monde va de crises en crises, de guerres en guerres, laissant des millions d’hommes dans les fossés, dans l’exclusion et la pauvreté. Jetant d’autres sur les routes de l’exode qui finissent à Calais, à Lampedusa. Nous sommes les témoins et aussi les victimes d’une lente disparition des populations touchées par cette folie.

Le non démocratique des Wallons fut le symbole d’une tentative de résistance, comme la Grèce il y a deux ans : dire non au diktat économique. Montrer notre désaccord et affirmer un autre monde possible.
Mais que pèse la démocratie, la souveraineté des peuples face aux froids calculs des Etats et des grandes puissances. Rien ou presque. Ce n’est quand même pas 2 ou 3 millions d’êtres humains qui empêcheront le monde d’aller comme il va,…mal.

Un minuscule grain de sable comme un espoir d’humanité est apparu dans cet ensemble inhumain : il s’est nommé cette semaine la Wallonie. Ce grain tel le sénevé pourrait grandir et transformer le monde en son entier. Il présente un danger imminent pour les affaires qui doivent malgré tout continuer. Business as usual.

Pourtant les grandes puissances étatiques et économiques nous ont semblé bien fragiles cette semaine, si on y réfléchit. Colosses aux pieds d’argile qui ne tiennent debout que par notre bon vouloir, par notre passivité, notre indifférence, notre complicité même.
Pendant quelques jours ce fut l’affolement à Bruxelles, capitale de l’Europe. Une rage hystérique a saisi les dirigeants du monde. Des pressions inimaginables ont pesé sur ce petit peuple wallon et sur ses élus pour qu’il cède à la réalité mondiale.
Et ils ont cédé, pas tous, mais en nombre suffisant pour que l’ordre économique soit rapidement rétabli. Les droits sociaux continueront d’être sacrifiés sur l’autel de la marchandise. L’environnement, l’avenir de l’homme comme l’avenir des animaux continueront d’être oublié devant les comptes de résultat des entreprises. Les communautés humaines continueront d’être la proie de prédateurs sans morale.

La bataille pour un autre monde généreux, fraternel, un monde de paix, ne fait que commencer.
François Baudin

vendredi 14 octobre 2016

La Syrie, l’ONU et les grandes puissances


Pourquoi le conflit en Syrie ne trouve-t-il pas de solution ? Pourquoi fait-il autant de victimes ? Femmes, enfants, sont depuis des mois la cible des exactions de rebelles islamistes armés par les pays arabes du Golfe, eux-mêmes armés par l’Occident. Ces rebelles rivalisent dans le crime avec les forces syriennes armées par l’Iran et la Russie qui participe activement à la guerre depuis un an.
Tous ces protagonistes d’une guerre à outrance mettent à feu et à sang un pays tout entier, le menent à une ruine certaine. Ils tuent sans distinction civils et combattants, et provoquent dans chacun des camps l’exode de millions d’habitants qui fuient les destructions, la mort et un avenir bouché par les bombes.
La situation est dramatique et semble sans issue à nous qui assistons quotidiennement devant nos téléviseurs à ces massacres. Nous sommes effarés. Et cependant la lassitude nous envahit, ainsi qu’un sentiment d’impuissance.
Pourquoi tous ces morts ? Pourquoi cette incapacité à régler par la négociation un conflit d’une telle intensité ?
La question de la puissance est posée. Qui a le pouvoir d’arrêter un tel massacre ?
On voit bien que les grandes puissances sont dans l’incapacité de négocier, de stopper le conflit. Est-ce d’ailleurs leur souhait ?
Une grande puissance ne raisonne que de son point de vue de puissance qui veut toujours accroître sa domination.
Les nations impliquées en Syrie ne sont pas nombreuses : Russie, Etats-Unis, France, Angleterre. Des puissances secondaires et régionales y jouent aussi un rôle important : Arabie saoudite, Iran… Tous sans exception arment les belligérants, leurs alliés d’un moment. Tous alimentent le conflit. Pourquoi ?
Parce qu’ils veulent continuer d’y jouer un rôle.
Leur responsabilité est écrasante dans le conflit syrien. Ils ne font que mettre de l’huile sur le feu, d’ajouter la guerre à la guerre. Et cela depuis 2011. Dans ces conditions aucune solution n’est possible sans la victoire définitive d’un camp sur l’autre.
Que faire ?
Après la seconde guerre mondiale, les nations ont créé l’Organisation des Nations Unies (ONU). On ne voulait plus revoir un tel drame pour le monde.
La société des Nations qui a vu le jour après la Première guerre mondiale pour les mêmes raisons, a été incapable d’arrêter la Seconde guerre mondiale beaucoup plus meurtrière que la première.
Pourquoi cette incapacité ? Parce que la Société des Nations disparue corps et biens en 1940 était déjà dominée par les puissances étatiques et leurs intérêts.
L’ONU qui aura bientôt un nouveau Secrétaire général, aura-t-elle le même avenir ? La même destinée : disparaître à cause de son incapacité ? Pourtant des chapitres entiers de sa Charte sont consacrés au maintien de la paix. Prévenir les conflits est sa mission première.
Depuis toujours, l’ONU est dominée par les grandes puissances prêtes à faire la guerre, à attiser les conflits si leurs intérêts ne sont pas préservés.
Aussi longtemps que les pays du monde remettront leur destinée dans les mains des grandes puissances, nous aurons la guerre. Les guerres permanentes aujourd’hui en sont les preuves tangibles.

Il est urgent de réformer l’ONU, de dissoudre son Conseil de Sécurité qui n’a de sécurité que le nom. Il est urgent de donner le pouvoir à l’Assemblée générale des Nations unies dont le rôle actuel est infime dans le maintien de la paix.

François Baudin